Votre patient a eu une entorse bénigne… et 18 mois plus tard, il se méfie toujours de sa cheville ? Appui incertain, récidives, douleurs sourdes, instabilité fonctionnelle persistante ? Vous n'êtes pas seul à constater ce phénomène.

Les entorses latérales de la cheville sont omniprésentes en cabinet, particulièrement chez les sportifs. Pourtant, même une entorse légère (grade 1) peut évoluer vers une instabilité chronique, marquée par des douleurs persistantes, des récidives et une méfiance durable envers l'articulation.

Pourquoi ces récupérations incomplètes ? Et surtout, comment adapter nos prises en charge pour éviter la chronicisation ?

Un problème sous-estimé : l'instabilité persistante

Julien, 28 ans, coureur amateur, consulte 18 mois après une entorse de grade 1. Il a suivi une rééducation standard. Mais aujourd'hui encore, il ressent que sa cheville « flanche » dans les escaliers.

Ce tableau est fréquent. Et il remet en question l'approche basée uniquement sur la gravité lésionnelle.

La littérature récente pointe un facteur clé souvent négligé : l'inhibition musculaire arthrogène (AMI), un phénomène neuromusculaire qui perturbe la stabilité bien au-delà de la lésion ligamentaire.

AMI – inhibition musculaire arthrogène : réflexe du système nerveux central qui empêche la contraction volontaire d'un muscle, malgré une musculature intacte, suite à un traumatisme articulaire.

Les mécanismes en jeu : au-delà des ligaments

L'AMI, bien documentée dans les blessures du genou, affecte également la cheville. Après une entorse latérale aiguë :

Ces altérations persistent, favorisant l'instabilité chronique de cheville (CAI) (Thompson et al., 2023).

Facteurs aggravants : identifier les profils vulnérables

Tous les patients ne développent pas une CAI. Certains profils sont plus à risque :

PSQI – Pittsburgh Sleep Quality Index : questionnaire utilisé pour évaluer la qualité du sommeil. Un score >5 indique un sommeil perturbé.

HADS – Hospital Anxiety and Depression Scale : échelle rapide pour dépister l'anxiété et la dépression.

Score de Beighton : outil clinique pour évaluer la laxité articulaire généralisée.

Repenser la prise en charge : une approche ciblée

Les recommandations actuelles privilégient une mobilisation précoce pour les entorses de grade 1. Pourtant, chez certains patients, cette stratégie favorise les récidives. Une immobilisation relative (attelle, 2-3 semaines) peut réduire l'AMI et améliorer la stabilité perçue à 6 mois, sans compromettre la mobilité (Chen et al., 2023).

Pour les profils à risque, la rééducation doit intégrer :

Une méta-analyse récente confirme que des programmes de rééducation de plus de 4 semaines améliorent significativement la fonction dans la CAI (Li et al., 2025).

En résumé

L'instabilité chronique de cheville n'est pas seulement un problème biomécanique : elle reflète des dysfonctionnements neuromusculaires et psychophysiologiques. Les soignants doivent :

L'instabilité de cheville, comme l'hyperconnexion, est une problématique clinique émergente. Réhabiliter le contrôle neuromusculaire et reconnaître les profils à risque est une piste prometteuse pour restaurer la fonction et la confiance des patients.

Et vous ?

Avez-vous déjà été confronté à ce type de récupération incomplète ? Avez-vous adapté vos protocoles selon le profil du patient ? Utilisez-vous des outils comme le PSQI ou le NMES dans vos suivis ?

Partagez vos retours terrain, vos stratégies, vos questions. Ce sont vos expériences qui font évoluer les pratiques.

🖋 Arnaud F. – Avec MonRFS, le savoir se partage

Références